le fondu de l'actu

France, monde, sports, médias, culture : un regard sur l'actu par un étudiant en journalisme

25 mai 2008

Besancenot, le facteur médiatique

besancenot_le_20_mars_2007___reimsb_jpgCréation d’un nouveau parti, présence accrue dans les médias, une cote de popularité qui monte en flèche. Le leader de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) poursuit en 2008 son ascension politique.

Et si il commençait à faire peur ? Souvent décrédibilisé par ses pairs, considéré un temps comme un effet de mode éphémère, Olivier Besancenot est désormais bien ancré dans le monde politique français. A tel point qu’il suscite les convoitises. Récemment le site internet de L’Express révélait que le porte-parole de la LCR avait été espionné pendant plusieurs mois par une officine privée de renseignement. La rançon de la gloire ? « Scandalisé », le principal intéressé a porté plainte contre X pour « violation de la vie privée » et « atteinte au secret professionnel ».

Cette affaire arrive à une période où Olivier Besancenot surfe sur la vague de la contestation anti-sarkozyste. Au plus bas dans les sondages, le président de la République connaît une période compliquée, ponctuée par des journées de manifestations en mai. Du côté du facteur de Neuilly-sur-Seine, à l’inverse, tous les feux sont au vert. Crédité de 8% des votes si les élections présidentielles avaient lieu cette année, Besancenot gagne en popularité. Récemment, 41% des Français souhaitaient qu’il ait davantage d’influence dans la vie politique. Pourtant, il déclare ne pas avoir l’intention de se présenter dans quatre ans.

Invité sur le canapé rouge de Michel Drucker

Les sondages reluisants l’ont propulsé directement sur le canapé rouge de Michel Drucker. Dimanche 11 mai, il était l’invité de l’émission « Vivement dimanche ». Une apparition télévisuelle qui a suscité la division au sein de son opposition interne. Christian Picquet, chef de file de la minorité unitaire, y voyait une étape de plus vers la personnalisation du parti, une contribution « à la dépolitisation de la vie publique [… ] et l’édification d’Olivier Besancenot ». D’autres se sont lâchés : « On ne veut pas faire une nouvelle Arlette Laguiller ! ». Essuyant les critiques, le porte-parole de l’organisation trotskiste s’est félicité de cette opportunité de s’adresser à un public plus large : « C’est l’occasion de présenter un certain nombre d’engagements, de causes et de donner la parole à d’autres, de s’adresser à des millions de personnes, donc de s’adresser au peuple, quand on est une organisation populaire ». 2,7 millions de Français en moyenne ont ainsi pu découvrir, juger sa performance.

Au moins, Olivier Besancenot a profité de l’occasion pour revendiquer ses idées révolutionnaires. Avec, en point d’orgue, l’annonce sinon la confirmation de la création d’un nouveau parti : le NPA, comprendre Nouveau parti anticapitaliste. Si elle se concrétise, elle pourrait être considérée comme une apothéose de son combat, lui qui était déjà fasciné par la radicalité au collège. Fils d’un père professeur de physique et d’une mère psychologue, il s’est très rapidement plongé dans les ouvrages d’Ernesto Che Guevara, son mentor. Titulaire d’une licence d’histoire, il entre à La Poste en 1998 tout en poursuivant ses activités politiques. Inconnu en 2002, la France entière découvre à la télévision ce visage poupin au cours de la campagne électorale des présidentielles. Au premier tour, il récoltera 4,25% des suffrages, un résultat légèrement supérieur qu’en 2007 (4,08%).

« La révolution, ce n’est pas une flaque de sang »

Six ans donc que le facteur venu des Hauts-de-Seine vient titiller les énarques et autres habitués de la sphère politique. Avec comme cheval de bataille : la lutte contre un capitalisme dévastateur générateur d’inégalités sociales : « La productivité en France est la plus élevée au monde. Je pense qu’on peut augmenter les revenus de 300 euros nets mensuels ».

Quarante ans après Mai 68, Olivier Besancenot croit toujours aux vertus d’une révolution pour briser un statu quo politique et social… mais une révolution pondérée, réfléchie : « Pour moi, la révolution, ce n’est pas une flaque de sang à chaque coin de rue ». Les temps ont changé.


Posté par baptistebarbe à 15:10 - France - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


12 mai 2008

Les derniers dribles de Magic Jack

IMG_3034Dimanche 10 mai, Jackson Richardson a tiré sa révérence. En compagnie de ses coéquipiers de Chambéry, il a disputé lors de l’ultime journée de championnat de France sa dernière rencontre professionnelle. Reportage sur une soirée truffée de surprises.

Comme un symbole. Sept secondes à jouer au compteur. Les sept dernières secondes de sa carrière. Ses coéquipiers et ses adversaires du soir, Ivry, se sont mis d’accords pour quitter le terrain avant le coup de sifflet final. Tant pis pour le protocole officiel. Seul, au milieu du parquet, Jackson Richardson appelle son fils Melvyn. C’est lui qui offre le dernier but à son père, sous les yeux des 3500 spectateurs venus saluer le plus grand handballeur français de tous les temps. Il est 22h45. Voilà, c’est fini.

Des quatre coins de la France


19h15. Les portes de la Halle olympique d’Albertville s’ouvrent. Les premiers supporters pénètrent dans l’enceinte hôte des compétitions de patinage artistique et de hockey sur glace lors des Jeux d’hiver de 1992. Ce soir, l’espace de quelques heures, la flamme va se raviver pour rendre hommage à l’artiste, le « Zizou du handball », « Magic Jack » comme on aime le surnommer. On vient de toute la France : de Savoie naturellement, d’Auvergne, de l’Allier, du Rhône… ou encore de la Manche : « On a traversé la France en famille pour voir une dernière fois dans un match officiel celui qui a déclenché pour moi cette passion pour le handball », raconte Hervé accompagné de sa femme et de ses deux fils. Tous portent le T-Shirt collector distribué à l’entrée, l’inscription « la der de Jack » floquée dans le dos.

A l’extérieur, certains essaient de dénicher en vain une place, « un bon plan pour rentrer et ne pas rater ça », espère Aymeric, 22 ans. Le jeune originaire de Chambéry, à 50 kilomètres d’Albertville, fait partie des 2500 frustrés qui n’ont pas obtenir le fameux pass.

La Réunion à l’honneur

20h15. La Halle est désormais bien garnie. Les joueurs commencent leur échauffement au son de la musique créole. Car évidemment, la Réunion, terre d’enfance de Jackson Richardson, est à l’honneur. A l’entrée de la salle, le buffet des spécialités de l’île côtoie la boutique du Chambéry Savoie Handball. « J’en profite pour découvrir une autre cuisine. Et puis franchement, ça change du sandwich jambon-beurre ! », s’enthousiasme Anne, fervente supportrice savoyarde. Guides touristiques et affiches de la Réunion se mêlent au maillots et écharpes jaune et noirs, couleurs emblématiques du club chambérien.

Descente en rappel

21h15. Une demi-heure de retard. Initialement prévu à 20h45, le match entre Chambéry et Ivry va bientôt débuter. Auparavant, Jackson Richardson a croulé sous les surprises. Tous coiffés avec des perruques en dreadlocks, les vingt-sept joueurs et les deux arbitres ont pénétré sur le parquet sans la star de la soirée. Pour l’apercevoir, il faut lever la tête. Harnaché au plafond, à trente mètres de hauteur, le double champion de monde (1995 et 2001) et meilleur joueur de la planète en 1995 descend en rappel et atterrit sur le parquet sous les clameurs des « Jackson ! Jackson ! ».

IMG_3044Une dernière interview pour la télévision et le match démarre. Sans enjeu, la rencontre se déroule sur un faux rythme. Qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Jackson Richardson expose toute sa palette technique (feintes, passes aveugles, dribbles) et inscrit les trois derniers buts de sa carrière. Entre deux olas, le public déchaîné remercie leur star en créole : « Mèrsi l’artiste, nou lè fier de ou ! » Puis arrivent ces sept dernières secondes, qui resteront à jamais dans la mémoire du champion. Le score final, sans doute moins. Même si lui-aussi renfermait sa part de symbole : victoire de Chambéry 34-33. Trente-quatre, le numéro de maillot de Jackson Richardson.

« Les gens que l’on aime ne disparaisse jamais »

23h15. Les confettis ont envahi le parquet de la Halle Olympique. Entouré de sa famille  - dont sa maman venue spécialement de la Réunion - et de ses amis sportifs (l’escrimeuse double championne olympique Laura Flessel, le footballeur José Touré, les vice-champions olympiques de basket Laurent Foirest et de ski Sébastien Amiez entre autres), Jackson prend le micro et remercie son père, disparu : « Je sais qu’il m’écoute et m’entend. Les gens que l’on aime ne disparaissent jamais si on sait les faire vivre dans son cœur ».
Et puis, pour refermer définitivement le rideau, Jackson ôte son maillot, l’accroche au harnais qui l’a fait descendre quelques heures plutôt et le contemple s’envoler dans les airs de le Halle Olympique. Comme un dernier symbole.




Posté par baptistebarbe à 14:55 - Sports - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1